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Intervention S.E.M. Naji Abi-Assi

Paris le 15 mai 2017

 

Excellences,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis ; 

 

Alors que le peuple français vient d'élire son nouveau président, dans la continuité démocratique et républicaine, dans un esprit de modernité et de renouveau ; il est particulièrement heureux de se retrouver, une fois de plus, dans un espace franco-libanais chargé d'amitié et intellectuellement stimulant.

Merci à la Chambre de commerce franco-libanaise et à son président Gaby Tamer d'avoir initié cette rencontre.

 

En 1995 , du temps où les perspectives de paix au Moyen-Orient commençaient à se préciser , un haut représentant de "Bouygues" est venu me voir à l'ambassade du Liban à Paris , pour me dire que leur société était prête à s'investir , dans la construction , sinon la réhabilitation totale , de l'autoroute Beyrouth-Damas , sur base de B.O.T.

 

À la même époque , un responsable du Club Med , accompagné d'un homme d'affaires libanais (Monsieur Safieddine) est venu m'annoncer , qu'ils se proposaient de construire l'un de leur plus beaux clubs au monde , qui permettrait à leurs vacanciers , de se détendre sur les plages sablonneuses de Naquoura , et de faire du ski , le même jour , sur les pentes du Mont-Hermon .

Un investisseur américain est venu de même s'enquérir s'il lui était possible d'installer trois bâteaux-casinos dans les eaux territoriales libanaises, en prévision d'un boom touristique qu'il prévoyait, suite à la signature d'un accord de paix israélo-arabe qui semblait se profiler. 

 

Toutefois, vers la fin de l’année, le 4 novembre 1995, l'ancien Premier ministre israélien Itzhac Rabin est assassiné par un extrémiste israélien de 25 ans, opposé aux accords d'Oslo, conclus en 1993. Les espoirs liés au processus de paix se sont du coup, dissipés.

Les représentants de Bouygues et de Club Med ne sont plus revenus me voir.  L'américain non plus.

 

C'est dire, le lien étroit entre dynamique de paix et dynamique d'investissement au Liban et dans la région.

 

Que peux-t-on dire aujourd'hui des paramètres de la stabilité au Liban, et des perspectives globales dans la région ? 

Deux sujets vastes et complexes, qui nous interpellent au quotidien, et que je vais essayer d'aborder, sans optimisme démesuré, ni pessimisme inutile, (en une vingtaine de minutes).

 

Le Liban d’abord.

Après de longues années de guerre, le Liban a finalement réussi à se relever, et à préserver sa stabilité interne, en dépit de toutes les épreuves, et malgré les feux régionaux qui se sont étendus jusqu'à ses propres frontières, depuis 2011.

 

Cette stabilité relative pourrait s'expliquer par les principales raisons suivantes : 

1- En 1975, l'année qui a vu le déclenchement de toutes les hostilités, le système politique confessionnel était fortement contesté. D'aucuns voulaient le rééquilibrer, pour donner davantage de pouvoirs à la communauté musulmane, devenue majoritaire ; d'autres (ç’est à dire la gauche libanaise, toutes communautés confondues) voulaient simplement l'abolir ... La tension sur le terrain était à son paroxysme.

 

Aujourd’hui, l'accord de Taëf, conclu en 1989, n'est pas un accord idéal, mais toutes les parties politiques et confessionnelles s'y retrouvent. Personne ne le conteste sérieusement, même s'il y a quelques divergences sur l'interprétation de certaines de ses clauses. Personne ne veut, ou ne peut, se permettre de retomber dans le piège de la violence qui a déjà ensanglanté le Liban et qui ensanglante la région (ce qui n'exclut pas, dans l’absolu, les raidissements occasionnels, les erreurs politiciennes, et les risques conséquents, quoique limités, de dérapages.

 

 

***** 2- Par ailleurs, en 1975, les pays arabes engagés dans le processus de paix américain, initié par Henry Kissinger d'un côté, et les pays du "Front de refus" qui le contestaient 

(tels la Libye et l'Irak), s'affrontaient sur la terre libanaise par milices interposées.

Aujourd’hui, malgré les clivages persistants entre les pays du Golfe et l'Iran, aucun de ces pays ne pousse effectivement les parties libanaises à s'entretuer.

 

3- De même, l'implication politique et militaire des factions palestiniennes dans le conflit interne en 1975, leur lutte globale contre l'ennemi israélien à partir de leurs bases libanaises, et le cycle de violence et d'agressions qui s'ensuivaient, pesaient de leur poids sur l'ensemble de la conjoncture.

Aujourd'hui, la présence palestinienne armée au Liban, quoique toujours problématique, n'a plus le même impact sur la paix civile ; et le contentieux libano-israélien n'obéit plus aux mêmes règles d'engagement.

 

4- Ces confrontations régionales sur la scène libanaise des années 70-80 revêtaient aussi une dimension internationale. Tout le monde se souvient de l'attentat-suicide contre l'ambassade des Etats-Unis au Liban , le 18 avril 1983 ( 63 tués, 200 blessés) , un an après l'invasion israélienne de 1982 , l'attaque dévastatrice à la camionnette piégée contre le quartier général des "marines" près de l'aéroport de Beyrouth six mois plus tard , qui a coûté la vie à 241 soldats américains , et l'attaque similaire , presque simultanée , qui a visé le contingent français , causant la mort de 58 parachutistes .

Aujourd'hui , les grandes puissances peuvent être divisées sur des questions diverses , notamment en Syrie et en Ukraine, mais elles se sont unanimement entendues en novembre 2012 à New York, à la demande du Liban, et grâce à l'appui effectif du gouvernement français (et celui du représentant personnel du Secrétaire général des Nations Unies, l'ambassadeur Derek Plumbly) pour créer un "Groupe d'appui international au Liban" , qui a grandement contribué à maintenir la stabilité et à garder notre pays en dehors des troubles régionaux.

Ce groupe est composé des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité, le secrétariat général des Nations Unies, l'Italie, l'Allemagne, l'Union européenne et la Ligue des Etats arabes ; sans qu'il n'ait été possible toutefois d'y inclure l'Arabie saoudite et l'Iran.

 

Il est rassurant de noter par ailleurs, que le dialogue politique continue au Liban, y compris entre le Courant du Futur et le Hezbollah ; l'Assemblée nationale, après plusieurs tentatives infructueuses, a finalement réussi en octobre 2016 à élire un nouveau président de la République, représentatif et fédérateur ; un gouvernement d'union nationale a pu être formé même si son action reste partiellement entravée , à cause de l'incapacité des députés à s'entendre sur une nouvelle loi électorale.  On y reviendra.

Sur le plan économique je dirai simplement que nous continuons à bénéficier de transferts financiers substantiels vers le Liban de la diaspora libanaise, malgré le contexte régional et mondial contraignant (estimés entre 6 et 7 milliards de dollars par an) , nous disposons toujours d'importantes réserves en or et en devises étrangères. Le taux de croissance pour 2017 est prévu à 2 pour cent et la balance des paiements est excédentaire.

Nous savons de même que nous pouvons compter sur la solidité de notre système bancaire ; alors que nos entrepreneurs réussissent de leur mieux à s'adapter et à élargir leur champ d'activités vers d'autres horizons, comme la CCFL a réussi à le mettre en relief , lors du Forum qu'elle a organisé à Paris, conjointement avec la CCPI en octobre 2016 .

Nos écoles et nos universités continuent à fournir un enseignement, y compris francophone, de qualité ; nos jeunes se distinguent dans le monde du numérique et des start-up ; notre société civile s'organise et se mobilise davantage en faveur du Bien public ; les réseaux libanais à travers le monde sont plus actifs que jamais.

Autant de points encourageants et rassurants. 

 

**** Nous réalisons par contre qu'il reste beaucoup d'incertitudes, de dangers et de défis sur les plans sécuritaires, économiques et sociaux.

Lesquels ? 

 

L'humeur et la rumeur pour commencer.

L'humeur des gens est globalement pessimiste. La rumeur veut que les mois, si ce n'est les années à venir soient marqués par la logique de la confrontation et de la violence. Elle se nourrit de la montée des extrémismes, de la recrudescence des menaces israéliennes, de même que de certaines déclarations et décisions du nouveau président des Etats-Unis (à l'encontre de la Syrie, de l'Iran, de la Corée du Nord...) . En fait, le président Trump n'a pas dévoilé toutes ses cartes ; il souffle occasionnellement le chaud et le froid ; même s'il est clair qu'il ne compte pas négocier en brandissant, ni certainement pas en distribuant des carottes, mais compter apparemment beaucoup plus sur la vieille "politique de la canonnière", tout en n'excluant pas un "partnership" remodelé avec la Russie.

 

Plus spécifiquement au Sud-Liban, la situation reste tendue. Mais les rapports de force des deux côtés de la frontière ont créé un seuil de dissuasion que personne n'a osé franchir (depuis 2006), même si les faux calculs peuvent représenter un risque potentiel.

La FINUL joue un rôle utile et nécessaire pour prévenir les conflits, dans les limites de son mandat (maintien et non pas imposition de la paix).

 

Quant à la menace terroriste, elle est réelle, qu'elle vienne de l'extérieur ou de l'intérieur, mais elle a été efficacement contrée, par l'armée et les forces de sécurité interne. Les libanais, toutes communautés religieuses confondues, ont prouvé qu'ils étaient fermement unis pour faire face à ce danger.

 

Concernant la crise politique découlant de l'incapacité des députés à s'entendre jusque-là sur une nouvelle loi électorale, elle dévoile en fait plusieurs problèmes de fond :

Le premier, c'est la précarité du système de gouvernement, qui a dévié d'un système basé sur la règle de la majorité parlementaire, à un système autobloquant en quelque sorte, basé sur la règle du nécessaire consensus confessionnel préalable (quels que soient les mérites du consensus pour préserver la paix civile).

La crise reflète en second lieu, le désaccord sérieux sur l'interprétation de l'Accord de Taëf (l'Accord de l'entente nationale), quant au sens réel du mot "parité" que cet accord a garanti. Est-ce une moitié de députés chrétiens élus essentiellement par des chrétiens, et se ralliant, une fois élus à des blocs parlementaires présidés par des chrétiens ? Et inversement. Ou une moitié de députés chrétiens élus en partie grâce à des électeurs musulmans, et se ralliant par la suite à des blocs parlementaires présidés par des musulmans ? Discussion navrante quelque part, en l'absence d'un système laïc de gouvernement ; mais c'est en partie la nature du débat.

Ajoutez à cela, que les nouveaux rapports de force parlementaires que la nouvelle loi électorale pourrait faire émerger auront un impact sur la configuration des élections présidentielles (en 2022) et sur le profil du nouveau président. D'où l'enjeu actuel.

 

D'une manière globale , disons qu'il reste beaucoup à faire au niveau de la bonne gouvernance et de la gestion rationnelle des affaires de l'Etat , et notamment : assainir nos finances publiques , maîtriser et inverser la spirale de l'endettement , réorienter l'épargne vers les secteurs productifs , faire adopter le partenariat entre le secteur privé et le secteur public (PPP) pour assurer de meilleurs services au citoyen , lutter contre la corruption , moderniser nos lois , avancer dans le processus permettant au plus vite d'exploiter nos ressources escomptées en gaz et en pétrole , gérer au mieux l'énorme problème des réfugiés syriens au Liban ( plus d'un million 350 mille sur une population de 4 millions) en attendant leur retour progressif dans leur pays .

 

*** Voilà pour le volet libanais.

Qu'en est-il de la région et des perspectives de règlement des conflits qui la meurtrissent depuis de si nombreuses années ?

 

Commençons par la Syrie.

 

Même si le principe de base est que les syriens devraient pouvoir décider eux-mêmes librement de leur futur, et nonobstant le fait que certaines parties au conflit ont espéré longtemps (espèrent peut-être toujours) pouvoir s'assurer une victoire totale sur le terrain (ç'est-à-dire soit reconquête de l'ensemble du territoire national par les forces gouvernementales ou pro-gouvernementales ; soit, au contraire, renversement du régime);

Une solution politique finira par être trouvée et imposée, suite à des négociations (malheureusement souvent plus à chaud qu'à froid), reflétant les rapports de force locaux, régionaux et internationaux qui sont en train de s'établir sur le terrain. L'attaque américaine contre la base de Chou3ayrate en est une manifestation ; de même que l'attaque prévue contre Raqqa ; sauf que les américains refusent qu'elle soit remise aux forces gouvernementales après sa libération, le régime syrien refuse le déploiement de toute force internationale, et les turcs s'opposent à ce qu'elle devienne sous contrôle kurde.  Il se pourrait qu'une autorité locale en prenne la charge, comme solution de compromis.

 

Les éléments changeants et partiellement contestés de cette solution politique tournent, dans l'état actuel des choses, autour des principales idées suivantes :

1- promotion d'un cessez-le-feu, que l'accord limité de Astana devrait faciliter, le long des lignes de démarcation qui se profilent ;

2- combattre en tous cas et en tous lieux le terrorisme (Daech et Al Nosra) ;

3- recherche d'un accord plus précis sur la nature de l'autorité provisoire dans l'esprit des accords de Genève.

4- référendum sur une nouvelle Constitution en cours de rédaction (les Russes et les Nations-Unies s'y attellent), avec de sérieuses divergences sur la nature du système politique qui prévaudra  (Régime présidentiel ou parlementaire ? Unitaire ou fédéral ou simplement décentralisé, ou même partage confessionnel du pouvoir ? )

5-  élections législatives et présidentielles sous supervision internationale (sauf qu'il n'y a toujours pas d'accord sur le point de savoir si le président serait élu (ou réélu) au suffrage universel ou à l'Assemblée Nationale ;

6-  maintenir la stabilité grâce à une armée nationale et des services de sécurité réformés, éventuellement avec l'aide d'une force multinationale;

7- adoption de mesures de rétablissement de la confiance

 (Confidence building measures) ;

8- faciliter le lancement d'un vaste programme de reconstruction et d'exploitation du gaz et du pétrole ;

9- permettre progressivement aux réfugiés syriens de retourner dans la dignité et la sécurité dans leur pays.

 

Ce processus est réel. Les négociations reprendront demain à Genève, mais il reste aléatoire.

J'ajouterai que certains réfléchissent déjà à la possibilité de clarifier, si ce n'est de régler, la question litigieuse des fermes libanaises occupées de Chebaa , (délinéer tout au moins) , et cela à l'occasion des discussions qui auront forcément lieu à propos du Golan . Mais il ne s'agit encore là que de simples cogitations.

 

Ceci dit, pour mieux comprendre les grands principes qui président à la guerre ou à la paix dans la région, tant en Syrie que dans les pays qu'il est convenu d'appeler les pays du " printemps arabe», il faudrait placer l'analyse dans un contexte plus global :

 

Les révoltes qui ont eu lieu dans ces pays ont certainement leurs causes endogènes : l'usure du pouvoir , le rejet de la dictature , le chômage , la pauvreté rurale , les problèmes économiques et sociaux , la corruption , l'ambition des jeunes ...; Oui , mais ; le cours des évènements a clairement été influencé , dans un sens ou l'autre , par "le Jeu des nations", l'intervention directe ou indirecte des puissances régionales et internationales , afin de préserver ou de promouvoir leurs intérêts stratégiques , politiques , économiques et sécuritaires .

 

Bien sûr la montée de la tension entre les pays du Golfe et l'Iran sur fonds de dissensions confessionnelles, explique une partie du grand contentieux régional (notamment en Syrie, en Irak et au Yémén ; voire au Liban). 

 

 

*** Mais ce qu'il faut avoir présent à l'esprit tout autant, c'est que le début du 21ème siècle a été marqué par deux évènements perturbants majeurs : l'attaque terroriste spectaculaire du 11 septembre 2001 et la grave crise financière mondiale des années 2008-2010.

Et donc, pour les grandes puissances, il s'est agi depuis, plus que jamais, de se protéger doublement : 

1- assurer leurs intérêts économiques, notamment dans une région qui recèle d'énormes réserves en gaz et en pétrole ; 

2- combattre l'islamisme jihadiste  (comme les américains ont essayé de faire dans un premier temps, en envoyant leurs soldats en Afghanistan," boots on the ground ".

    Ceci ne peut occulter le fait qu'à la fin du vingtième siècle , l'administration américaine , sous l'influence du Conseiller à la sécurité nationale Zbignew Breginski avait utilisé cette même fibre religieuse en Afghanistan , et appuyé militairement les islamistes "Taliban", de même que la fibre nationaliste en Pologne et en Europe de l'Est , en plus de l'arme du cours du pétrole , et celle de la course ruineuse aux armements ("la guerre des étoiles") pour faire chuter ce que le président Reagan qualifiait à l'époque d'Empire du mal : l'Union Soviétique .

 

Sous cet angle, la vraie stabilité en Syrie et dans l'ensemble de la région dépendra aussi de la réponse qu'on pourra apporter aux quatre principales questions suivantes : 

1- Quelles sont les forces capables de contrer au mieux la vague de l'extrémisme jihadiste : les militaires, les forces démocratiques et libérales de la société civile  ou le mouvement des Frères musulmans ?

2- Quel genre de système politique ou forme de gouvernement finira-t-il par prévaloir : régime présidentiel, parlementaire, gouvernement central fort, partition, fédération ou partage du pouvoir à la libanaise ? 

3- Quelles réformes économiques et sociales pourra-t-on élaborer en faveur des classes pauvres et défavorisées, où les extrémistes recrutent le mieux;

Et quelle idéologie modérée sera-t-on en mesure d'imaginer et de promouvoir pour faire rêver positivement ?

4- Quel règlement politique juste et global du conflit israélo-arabe (il ne faut pas l'oublier) pourra-t-on encore aider à conclure, alors que l'initiative de paix arabe, unanimement adoptée au Sommet arabe de Beyrouth en 2002 n'a pas réussi à faire son chemin depuis ?

La dernière tentative française en 2016, pour relancer le processus de négociation israélo-palestinienne, a été rejetée par le Premier ministre israélien ; et le président Trump a simplement exprimé son espoir, il y a quelques semaines, de pouvoir aider à régler ce contentieux.

Je suis sûr que le président Emmanuel Macron sera appelé à jouer un rôle de premier rang à cet égard.

 

Quant à l'avenir des régimes et des systèmes politiques dans les pays du printemps arabe , je dirai rapidement ceci avant de conclure :

 

Les militaires ont tenu les rênes du pouvoir dans plusieurs pays arabes pendant des décennies (Moubarak,  Khaddafi,Ben Ali ...) , mais ils ont été contestés puis évincés sous l'effet des diverses révoltes  .

Les libéraux, minoritaires (on pense à Baradaï en Egypte) n'ont pas réussi à rassembler un appui populaire suffisant (sauf en Tunisie).

Les Frères musulmans ont été largement perçus, à tort ou à raison, par plusieurs chancelleries occidentales, comme une force islamiste modérée, seule susceptible de contrer la vague jihadiste.  Ils ont pu accéder au pouvoir en Egypte, mais furent assez vite délogés par les militaires et par les millions de manifestants qui leur étaient hostiles, puis par les urnes.

 

Les frères musulmans auraient pu régner longtemps en Egypte, et étendre leur influence sur le monde arabe, s'ils n'avaient pas commis les principales erreurs suivantes:

1- Ils n'ont pas su gérer l'économie du pays, ni gouverner.

2- Ils ont appliqué la Charia islamique trop vite, au corps défendant des coptes et des libéraux 

3- Ils ont cru à tort qu'ils pouvaient restructurer à leur guise la toute puissante hiérarchie militaire.

4- Ils ont trop rapidement pris le risque de chercher à renverser d'autres régimes arabes, notamment les pays du Golfe et la Jordanie, ce qui a poussé ces régimes à se liguer fermement contre eux;  Sans parler de l'opposition russe farouche à l'émergence d'une sorte de "Califat" islamique , qui s'étendrait de la Libye vers ses propres frontières , en passant par l'Egypte , la Syrie et la Turquie . On se souvient de l'accueil triomphal fait à Monsieur Erdogan à Tripoli et au Caire au lendemain de la chute de Khaddafi et de Moubarak.

 

Notez qu'après l'éviction du président Moursi, et l'accession au pouvoir du président Sissi , nombreux sont ceux qui pensent aujourd'hui que les militaires s'imposeront pour de longues années à venir en Egypte et ailleurs .

D'autres estiment que le Printemps arabe a toujours de l'avenir; alors que certains (je pense à certains diplomates occidentaux non français et non américains) sont convaincus qu'un mouvement réformé et réhabilité des Frères musulmans ne manquera pas de revenir en force au pouvoir, dans de nombreux pays arabes, à moyen ou à long terme.

Ceci concernant les forces susceptibles d'arriver au pouvoir (ou de le conserver).  Quant aux systèmes politiques susceptibles de prévaloir, examinons le cas de certains pays : 

L'Egypte par exemple, a réussi à s'ancrer dans le cadre d'un Etat unitaire et d'un gouvernement central fort. Ni effritement donc, ni changement de frontières ou de régime politique.

L'Irak a opté pour un système hybride : dictatorial pour certains (comme il fut perçu surtout sous le gouvernement de Maliki) ; parlementaire et fédéral pour d’autres, comme le prouve la spécificité de l'entité kurde , et partiellement partage du pouvoir : le président de la République étant kurde, le premier ministre chiite et le président de l'Assemblée nationale sunnite .

Alors que l'avenir politique de la Syrie, du Yémen et de la Libye reste incertain, le Liban, quant à lui, ne semble pas encore prêt à changer de système politique ou à se départir de sa désormais sacro-sainte démocratie confessionnelle et consensuelle , alors même que la mauvaise gestion de l'Etat représente sa principale faiblesse .

 

En tout état de cause, je conclurai sur une touche économique en disant : Quelle que soit la solution politique qui finira par s'imposer en Irak, au Yémen, en Libye et surtout en Syrie , il faudrait que les libanais  et leurs partenaires français se préparent dès à présent à contribuer à l'effort de reconstruction qui s'ensuivra .

La Commission économique des Nations Unies pour l'Asie de l'Ouest (ESCWA) prépare déjà, à partir de Beyrouth, les rapports et les plans requis à cet effet. Les pays et les entreprises commencent à se positionner. Nombreux sont ceux qui à Damas affirment que la part du lion des contrats ira à des firmes russes et iraniennes. Mais il est bien sûr trop tôt pour l’affirmer.

La Chambre de commerce franco-libanaise pourrait jouer un rôle facilitateur dans ce domaine.

Je vous remercie